
Le carnaval ou "carnestolendas" est la période de trois jours précédent le mercredi des Cendres. L’origine étymologique de ce mot est probablement le terme italien "carnevale" qui signifie « ôter la viande ». Le Carnaval est beaucoup plus ancien que le christianisme et tous les peuples de l’Antiquité ont eu leur fête. Le sens de la fête est lié aux vieilles habitudes païennes des semailles, à la célébration de la fin de l’hiver et de l’arrivée du printemps ; il s’agit, en fait, d’un rite de fertilité. Une des caractéristiques principales du carnaval est l’inversion des valeurs : des hommes habillés en femme, des femmes en homme, des pauvres en riche, des riches en pauvre..., et surtout la liberté d’expression que donnent les masques et une « immunité totale » pendant les jours de fête. Une autre des manifestations typiques est la mascarade et le cortège de personnes déguisées poursuivant les gens dans les rues et jetant de l’eau, de la farine, des œufs ou des fruits ; en même temps,elles crient et font du bruit avec des sonnailles et des boîtes en fer-blanc. Les déguisements sont habituellement à base de vieux vêtements que l’on échange souvent entre les deux sexes. Dans beaucoup de villages, il est aussi habituel de fêter le carnaval avec des repas extraordinaires et avec l’enterrement du Carnaval. Le mercredi des Cendres on faisait "l’enterrement de la sardine" : les gens sortaient en procession en portant une sardine dans une boîte pour symboliser la fin du carnaval. Le Carnaval aragonais est très varié et chargé d’histoire. Cependant, il y a des célébrations pleines de figures allégoriques qui avaient disparu, surtout dans la contrée de l’Alto Aragón . Par ailleurs, on trouve de nombreux rituels conservés et même d’autres récupérés sur tout le territoire aragonais. Sans aucun doute, les fêtes de carnaval les plus voyantes ont lieu dans certains villages de l’Alto Aragón où la fête conserve une grande pureté et où l’on trouve des personnages nous renvoyant à des temps mythiques. Ce sont des carnavals qui ont survécu même pendant la dictature. Généralement, le rite de "l’esprit de l’abondance" est symbolisé par un animal, un homme ou un bonhomme qui sont finalement sacrifiés. Le Carnaval entraîne l’incarnation de l’âme, la résurrection de la vie, et on représente tout cela dans une tragicomédie populaire pendant laquelle on va proclamer "roi" le bonhomme de Carnaval, qui a des noms différents: Cornelio, Peirot, Pedrón, Pierrot, El Prim, Muyén... Après, on le promène sur un âne dans les rues des villages, situation dont les jeunes hommes profitent pour obtenir des choses à manger. Ensuite, on le fait monter au balcon municipal pour présider la fête mais il sera finalement condamné et brûlé, lapidé ou pendu par les habitants du village. Un carnaval spécialement intéressant est celui de Bielsa, qui continua à exister pendant la Guerre Civile et même pendant la dictature. Les jeunes hommes se déguisent en personnages de la représentation : il y a, d’une part, les « trangas » : jeunes hommes portant des peaux de chèvre et des cornes, des dents faits de pomme de terre et une trique ou « tranga », pour poursuivre les enfants, qui évoque une charrue que l’on va traîner dans les rues comme symbole de la fertilité. Sur le dos, ils portent de grandes sonnailles qu’ils font sonner constamment. Les « madamas », les filles de Bielsa, portent une robe ornée de rubans de couleur. Elles représentent la pureté qui se mélangera à la brutalité dans une danse. Il y a d’autres personnages comme l’ours (qui représente la fin de l’hibernation et l’arrivée du printemps) et son dompteur, l’ "amontato" (une vieille portant un jeune homme sur le dos) et le "caballet" (symbole de la luxure, nécessaire pour le rite de la fertilité). 
Le personnage principal du Carnaval de Bielsa est un bonhomme de paille appelé "Cornelio Zorrilla Carnaval" qui sera jugé, torturé et brûlé le dernier jour pour expier les péchés des gens du village. On fête aussi le Carnaval à Gistaín, Plan, San Juan de Plan et à d’autres endroits proches. Comme autrefois, on fait un bonhomme appelé « peirote » chez le forgeron et après on le promène sur un âne dans les rues pendant que les jeunes hommes déguisés entrent dans les maisons pour prendre les mets sans arrêter de danser. Dans d’autres localités, on fabrique des bonhommes similaires : « El Viejo y la Vieja Remolona » de Torres de Montes ou « La Vieja muñeca » d’Alcubierre. À Gistaín, on se déguise en « muyens » et en « madamas » et on assiste à un bal où l’on invite son partenaire à danser sans un seul mot, avec un petit coup de mouchoir. À San Juan de Plan, on fabrique le "payaso de carnaval" (clown de carnaval), un bonhomme de paille qui parcourt la localité à dos d’âne. Après, il y a le bal ouvert par les « mayordomos » et les « mayordomas » et surveillé par le personnage du soldat ou « melitar », qui chasse les danseurs les plus impatients. Dans la région de la Ribagorza on conserve l’un des Carnavals les plus anciens, celui de l’ « azulete » (bleu à linge). On a remplacé cette pâte, utilisée autrefois pour éclaircir le linge blanc après la lessive, par de la suie et de la cendre que les gens utilisent pour se teindre le visage. À Campo, on accroche un bonhomme sur le tableau d’affichage pour que tout le monde sache que personne ne pourra éviter d’avoir le visage bleu, excepté les personnes âgées et les femmes enceintes car elles n’ont pas besoin d’être fertilisées. Dans les Pyrénées, en plus de tous ces villages, il y en a d’autres qui gardent cette tradition comme Nerín, où l’on a récupéré la fête de "carnestoltes" et son bonhomme appelé "carnuz". À La Fueva, on a récupéré un carnaval très particulier qui avait disparu pendant la République ; les jeunes hommes réalisent un itinéraire en voiture dans les villages de la vallée et, à chaque arrêt, il font une activité propre d’un jour de fête : déjeuner, prendre l’apéritif, , prendre le goûter, danser...À la fin, il y a un grand bal actuellement devenu la référence musicale de la région de Sobrarbe. Dans le reste de l’Aragon on peut aussi parler d’autres carnavals remarquables comme celui d’Épila, où les gens cachent leurs visages avec des journaux et déforment leur voix afin de ne pas être reconnus, ou comme ceux de certains villages de la contrée du Bajo Aragón,. À Caspe il y a une chanson très connue qui parle du boléro : "lo han traído...desde Castellote...a caballo de un burro como peirote". La gastronomie fait aussi partie du Carnaval ; dans de nombreux villages, on trouve des sucreries typiques comme les « crespillos », des feuilles de bourrache enrobées de farine et d’œuf avec du sucre ou du miel. Ce dessert a un symbolisme en rapport avec la lune car le fait de le manger a le but de "encrespar" (irriter) le pouvoir de la lune sur les fluides. © Prames
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